Fablab, usine urbaine : l’innovation aux mains des « makers »

Hackerspaces, makerspaces, fablabs, usines urbaines, techshop… tous ces nouveaux lieux d’expérimentation collaboratifs permettent de révolutionner jusqu’aux idées mêmes d’invention et d’innovation. Accessibles à tous, ils n’en restent pas moins méconnus du public qui ne peut en envisager le potentiel. OuiHop’ vous invite à franchir les portes de l’innovation du futur : l’innovation partout et par tous.

Quand l’innovation s’ouvre à tous

En pleine soudure à l'Usine Io (Crédits: Usine Io)
En pleine soudure à l’Usine IO (Crédits: Usine IO)

L’idée est simple : toute personne peut donner vie à ses idées et à ses projets dès lors qu’elle dispose d’un endroit où trouver les moyens techniques et technologiques nécessaires. C’est le « faire soi-même » (« do it yourself »). A l’heure de la démocratisation technologique, certains observateurs voient dans ces nouveaux lieux de l’innovation une véritable révolution : celle de l’innovation rapide à moindre coût et ouverte à tous, bien loin des procédures de recherche et développement classiques.

Du hackerspace à l’usine urbaine

Ces nouveaux endroits ont des dénominations assez différentes, tant et si bien qu’il est difficile d’en faire une typologie, exhaustive ou non. S’ils ont pour point commun de matérialiser un lieu de travail dédié à l’invention, tous ne s’adressent pas aux mêmes publics ni aux mêmes usages. En voici les principales catégories.

Le passage du « hacking » au « making »

Les Hackerspaces étaient des lieux initialement dédiés aux communautés de passionnés de programmation informatique. Ces communautés, dont les premières sont nées en Europe dans les années 1990, se sont progressivement dotées de machines et d’outils en lien avec la programmation. Au départ, ces lieux étaient rattachés au milieu des « hackers » mais au fil des années, ils se sont progressivement éloignés du hacking pour se rapprocher du travail sur les objets (essentiellement en électronique et en robotique).

Les hackerspaces ont ensuite inspiré les Makerspaces. Un Makerspace est le nom donné à un lieu tourné vers la conception-fabrication et le « bidouillage technologique ». Les makerspaces proposent de travailler sur tous les supports (du bois au plastique), avec une certaine prédilection pour les outils numériques (comme l’impression 3D, la découpe laser, etc.). Le lieu rassemble une communauté de personnes (les fameux « makers ») unie autour de la passion de la conception-fabrication et de tout ce qui l’entoure.

L'atelier bois de l'ICI Montreuil, plus qu'un simple makerspace (Crédits: Julien Dominguez)
L’atelier bois de l’ICI Montreuil (Crédits: Julien Dominguez)

Les makerspaces, un concept qui se décline à volonté

Les makerspaces ont ensuite été déclinés sous de nombreuses formes : « fablab », « usine urbaine » et « techshop » en étant les plus répandues.

  • Le fablab  désigne le lieu de mise à disposition de machines de conception et d’usinage simples sans restriction d’accès. Les fablabs accueillent toutes les personnes qui désirent donner vie à leurs projets ou à leurs envies. « Fablab » est originellement un label déposé avec une « charte fablab » qui en fixe les principes fondateurs. La Fabfoundation est l’organisation en charge du réseau fablab à travers le monde. Arrivés en France vers 2009, une centaine s’y est déjà établie et ce nombre est en constante augmentation.
  •  Techshop était initialement une chaîne privée de lieux dédiés à l’innovation. Les Techshop se trouvaient principalement aux Etats-Unis jusqu’à la très récente ouverture du premier Techshop français (le Techshop Leroy Merlin de 2000 m2). Les inventeurs payent simplement l’usage du lieu. Peu de contraintes mais de la qualité exigée.
  • Usine urbaine renvoie à des lieux hybrides, mêlant fablab et techshop en pleine ville. Ces endroits ont une vocation plus technique et professionnelle que les fablabs : ils sont un plus sélectifs sur les projets qu’ils reçoivent. Elles s’adressent principalement aux entrepreneurs (individuels, start-up ou entreprises). En plus des ateliers, ces usines urbaines proposent de nombreux services additionnels : bureaux, espaces de co-working, expertises, suivi de projet, etc. Pour accéder à l’usine, il faut devenir membre et payer un forfait dont le prix varie selon les services fournis.

Devenir un « maker » en quelques heures

Les experts apprennent aux membres à bien utiliser les machines. (Crédits: Usine Io)
Les experts apprennent aux membres à bien utiliser les machines. (Crédits: Usine IO)

Vous ne savez pas comment vous lancer ? Pas de problème ! Les lieux d’innovation collaboratifs placent justement l’apprentissage et le partage de connaissances au cœur de leur fonctionnement.

A différents niveaux, des formations sur toutes les machines sont proposées afin de permettre aux membres de faire eux-mêmes. Le temps de formation est très réduit (moins de deux heures en général) : l’apprenti « maker » doit savoir utiliser la machine au plus vite. Et si jamais un approfondissement est nécessaire, les experts ne sont jamais loin. En bref, tout le monde peut apprendre.

La cohabitation de différents projets dans les ateliers amène également une rencontre autour de l’invention. Par des échanges plus ou moins informels, un projet peut vite profiter du retour sur expérience d’autres projets ou bien être mis lui-même à profit.

Voyage au centre de l’Usine IO

Pour mieux comprendre, nous avons visité l’Usine Io, une usine urbaine singulière située dans le 13ème arrondissement de Paris. Nous avons été très gentiment accueillis par toute l’équipe de l’Usine.

Une usine de 1 500m2 en plein cœur de la ville

Passées les immenses portes noires du hangar, les visiteurs découvrent un lieu de près de 1500 m² qui comporte différents ateliers spécialisés, des espaces de co-working (openspace), des salles de réunion, etc. En bref, l’Usine IO est un immense espace dédié à la création et au développement de projets, pré-industriels dans leur majorité.

17240247209_8848ac9637_o
(Crédits : Usine IO)

L’Usine IO met à la disposition de ses membres une palette complète d’outils et de machines. Les ateliers spécialisés se suivent: un espace est dédié aux machines légères (imprimante 3D, découpe laser), un autre referme les appareils chargés d’opérations plus lourdes (sur les métaux par exemple)… on trouve même un petit laboratoire de chimie. Les possibilités techniques sont donc nombreuses, pour ne pas dire infinies. Et même si un expert est toujours présent dans l’atelier, les créateurs peuvent utiliser ces outils à leur convenance.

Un lieu où « personne ne fait à votre place »

Agathe Fourquet, co-fondatrice de l’usine Io nous confirme que « personne ne fait à votre place ici ». Si des rendez-vous sont organisés plus ou moins fréquemment avec les différents projets, il s’agit tout au plus d’un suivi de la feuille de route. L’abonnement mensuel classique coûte 180 euros mais il est également possible de s’engager à l’année ou de demander des services plus personnalisés.

16528691659_408bbb4679_o
(Crédits : Usine IO)

A noter que de nombreuses usines urbaines se développent un peu partout en France. L’une des dernières en date est la YouFactory, une usine collaborative à Villeurbanne, qui espère booster l’innovation dans la région.

La nouvelle (r)évolution industrielle?

(Crédits : ICI Montreuil)
(Crédits : ICI Montreuil/Makerspace)

Ces lieux nouveaux d’invention bouleversent les processus d’innovations classiques : ils permettent de raccourcir de façon significative le temps de développement des objets et des technologies.

Les grands groupes commencent d’ailleurs à saisir le potentiel de ces structures dynamiques. Concurrencés par des acteurs plus petits, plus rapides et plus flexibles, les industriels français envisagent ces ateliers comme un nouveau canal d’innovation. Ainsi, l’Usine IO et l’ICI Montreuil se trouvent liés à l’association Fab&Co, une association regroupant 14 groupes : le but de l’association est de devenir le « lobby des labs pros », un moyen de fédérer les acteurs et de préserver leur mainmise sur leur secteur.

Car, n’est-ce pas là un changement radical de l’innovation ? Makerspaces, fablabs et autres usines collaboratives prouvent bien qu’il s’opère une mutation profonde de la logique industrielle classique. D’une logique centralisée et capitalistique, la phase de pré-industrialisation devient accessible à tous et collaborative. Si l’on suivait le rêve de Neil Gershenfeld, inventeur des fablabs, on pourrait même avancer que nous vivons au milieu de 7 milliards d’inventeurs potentiels.

 

Bibliographie :

Paul Bouvier-Patron, « Fablab et extension de la forme réseau : vers une nouvelle dynamique industrielle ? », Innovations, 2015/2 (n°47), p.165-188.

Gui Cavalcanti, « Is it a Hackerspace, Makerspace, TechShop, or FabLab? », Makezine online, 22 mai 2013.

 

Quelques lieux :

Usine Io, Paris (13ème arrondissement)

ICI Montreuil, Montreuil (93)

Le Petit Fablab de Paris, Paris (19ème arrondissement)

TechShop – Ateliers Leroy Merlin, Ivry-sur-Seine (94)

YouFactory, Villeurbanne (69)

Partagez