Copier la nature pour améliorer les transports urbains

A quelle ville appartient le 3ième réseau de transport ci-dessous selon vous ?


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Ardnt Pechstein commence les présentations à propos de son projet Flywheel par cette devinette. Difficile de trouver la bonne réponse, car le neurophysicien de formation cherche en fait ici à montrer comment il est possible de repenser les réseaux urbains en s’inspirant directement de la nature. Ce troisième réseau n’est pas New York, Mexico ou Tokyo, il s’agit en fait d’un neurone, représenté ici à une toute autre échelle que les deux mégalopoles à gauche.

 

S’inspirer de ce qui se fait le mieux dans la nature

Pour réussir à réinventer les transports urbains, il met en œuvre une approche appelée biomimétique ou bio-inspirée. Elle consiste à se pencher sur ce que la nature fait de mieux depuis des milliards d’années à l’issue de son implacable processus de sélection naturelle, et d’en retirer des principes et designs afin de trouver des solutions pratiques pour les sociétés humaines.

Le biomimétisme, c’est finalement cette attitude vieille comme le monde qui consiste à observer la nature pour en tirer des précieuses leçons -comme le firent auparavant par exemple Archimède, Léonard de Vinci, ou Antoni Gaudi- à cela près que les partisans d’aujourd’hui cherchent à ériger cette attitude en véritable méthode de résolution de problèmes.

 

Nos villes ne sont pas des modèles d’optimisation

Car à propos de problèmes, nos villes elles ne sont pas forcément toujours des modèles. Notre réseau de transport urbain est caractérisé par un taux d’utilisation des véhicules qui se situe à autour de 5%, celles-ci étant à 95 % garées. Pire, aux heures de pointe dans les grandes villes, une partie tout à fait considérable des embouteillages est même due… au temps que l’on prend à chercher une place. Il serait tragique d’avoir des systèmes neuronaux à la merci de ralentissements, embouteillages ou accidents…

Nos voitures également ont encore de la marge pour mieux s’adapter à un environnement urbain. Elles n’ont pas beaucoup changé depuis 100 ans : avec 4 roues, 4 sièges, 4 portes et un lourd habitacle passager, le tout pensé selon une exigence d’aérodynamisme qui en ville à 50 ou 60 km/h perd une grande partie de son intérêt.

La nature peut-elle nous aider à penser différemment nos villes ?

 

FlyWheel, un exemple concret

Une première observation de l’équipe d’Arndt Pechstein se base sur les modes de transport des cellules dans nos organismes. Dans notre corps, le moteur n’est souvent pas sous le capot, la capsule étant transportée par des protéines motrices qui sont liées directement à des microtubules, l’équivalent de nos routes.

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Cette dissociation entre la fonction locomotive et l’habitacle permet de se concentrer sur chacune de ces fonctions, et de ne pas perdre de l’énergie. Elle contribue également à éviter accidents ou ralentissements collectifs dus à de petits dysfonctionnements individuels.

L’équipe allemande va plus loin, elle pense ainsi à des regroupements de plusieurs réceptacles individuels pour constituer des trains urbains mutualisant ainsi l’espace et l’énergie, créant de nouvelles connexions techniques, voire également sociales, les personnes voyageant ensemble partageant également une destination.

Le système que l’équipe propose est appelé Flywheel : 

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L’habitacle adopte des formes rondes, des matériaux malléables permettant une meilleure absorption d’éventuels chocs. Ils sont modulables et autonomes et peuvent quand ils ne sont pas utilisés le jour servir de transport logistique la nuit, ou bien s’encastrer ensemble hors de l’espace public dont la fonction devient donc réservée aux déplacements à pieds, afin de véritablement profiter de la ville et la rendre plus agréable.

 

Vers une généralisation de l’approche ?

Les inspirations en matière de mobilité dans la nature sont en fait nombreuses. La roue elle-même n’a-t-elle pas été inventée par une petite araignée des sables que l’on trouve dans le désert marocain et qui se jette du haut des dunes en roulant sur elle- même ? Plus largement, les écosystèmes naturels peuvent surtout nous servir de modèles pour rendre nos villes plus efficaces, moins consommatrices de ressources et intégrées dans leurs environnements.

L’équipe d’Arndt a remporté le Urban Future Award en 2014 organisé par Audi. Le projet reste à l’état de prototype mais il a le mérite d’appréhender nos systèmes urbains selon un angle nouveau.

 

Flywheel est un projet allemand, mais de nombreuses initiatives existent aussi en France dans d’autres domaines. Pour en savoir plus, le Centre Européen d’Excellence en Biomimétisme de Senlis (CEEBIOS) est en pointe sur ce type d’approche.

Arndt Pechstein est docteur en neurosciences et biochimie. Il a co-fondé l’agence d’innovation Phi360 et est directeur du think-tank Biomimicry Germany. Il a reçu le German Innovation Award en 2014, et le German Sustainability Award en 2015.

1 Commentaire

  1. La nature fournit une vaste gamme de structures a ces echelles, source d’inspiration pour de nouveaux materiaux. Le nanobiomimetisme implique une etroite collaboration entre biologistes, ecologues, ingenieurs, physiciens et experts en nanotechnologies.

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