Civic Tech : le numérique pour réconcilier citoyens et politique

Nombreux sont ceux qui voient dans le numérique le moyen idéal pour une participation citoyenne moderne.  Est-il une véritable opportunité pour envisager de nouvelles formes de démocratie ? Focus sur le dynamisme de la « civic tech » française qui espère bien réconcilier le citoyen avec la vie politique.

Le Hackathon des 1er et 2 avril pour le Code des Impôts (Crédits : Etalab)
Un Hackathon organisé des 1er et 2 avril pour l’ouverture des données du Code des Impôts (Crédits : Etalab)

Les premiers pas du gouvernement français

Libérer les données publiques et faire participer les citoyens 

En 2013, le gouvernement français a participé à l’Open Government Partnership (et en a pris la présidence en 2016), un congrès rassemblant une soixantaine de pays prônant la libération des données publiques et la participation des citoyens à la mise en place des politiques. Une sorte de COP 21 de l’open data. A la suite de quoi l’État français a lancé son programme numérique en 2014. Peu exposé médiatiquement, ce plan d’action n’en reste pas moins une base pour inventer le gouvernement ouvert de demain.

Une première : 21 000 contributions d’internautes pour le projet de loi numérique

La pierre angulaire restant sans aucun doute le processus d’élaboration de la loi numérique : le premier projet de loi ouvert aux contributions des internautes. Malgré une visibilité limitée, la consultation a tout de même permis de récolter plus de 21000 contributions. Une première.

Ce succès était d’ailleurs assez inattendu. Toutes les contributions anonymes ont donc été rendues publiques et sont désormais consultables en ligne sur le site « République Numérique« .  Histoire que personne ne puisse oublier les milliers d’avis exprimés qui font la vitrine de cette politique novatrice. Alors pourquoi ne pas imaginer étendre ce type de consultations à d’autres projets de loi dans les prochains mois? Ou dans les prochaines années? La porte est ouverte désormais.

(Crédits : Etalab)
(Crédits : Etalab)

Etalab, vers un open data des données publiques

Le travail d’ouverture ne peut se faire seul. Il repose avant tout sur une mission : celle d’Etalab. Créée en 2011, la mission a pris son essor sous l’impulsion d’Axelle Lemaire, secrétaire d’État au numérique. Sa mission est l’ouverture des bases de données publiques et leur utilisation pour améliorer l’efficacité des politiques publiques.

Aujourd’hui, tout le monde peut formuler des demandes particulières d’ouverture de bases de données. Et les demandes sont nombreuses. Les requêtes sont traitées sur le forum Etalab, un site consacré au partage autour du logiciel libre et de l’open data* public (ouverture des données).

« Un travail de longue haleine »

Etalab apparaît comme l’une des premières administrations modernes. Pourtant, vue la complexité des services administratifs, nul ne doute que leur ouverture risque de prendre un certain temps. Et même si près de 20000 jeux de données publiques sont déjà en libre accès sur internet, l’ouverture de l’ensemble des données des administrations est une mission qui devrait prendre des années, voire des décennies. Un mot-clé? « Patience ». Interrogée, Claire-Marie Foulquier-Gazagnes, chargée de mission Etalab, évoque « un travail de longue haleine ».

L’objectif serait pourtant de devenir une référence pour les administrations et préfigurer leur transition numérique. Quelques relais dans la presse commencent à apparaître mais Etalab est encore loin de disposer de la visibilité que son action mérite. Notamment quand ses actions contribuent au développement d’une « french civic tech » en plein boom.

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Les lauréats du 6ème concours Data Connexion (Crédits : Etalab)

Une Civic Tech française?

Car pourquoi tant d’efforts pour promouvoir l’open data ? Tout simplement parce que le potentiel des données accumulées est infini. Utilisables par tous et pour tous les usages possibles, elles représentent une richesse à exploiter. Et les initiatives citoyennes sont nombreuses, en France comme partout ailleurs. Ensemble, elles forment un écosystème dynamique qui veut changer le rapport des gens au monde. Entre autres, cela induit de bouleverser celui des citoyens au politique. Entre comparateurs de programmes, nouveaux espaces d’interaction et expériences de vote en ligne, les jeunes pousses françaises imaginent le futur numérique de la participation politique et citoyenne.

Des start-up qui veulent revisiter le politique par le numérique

L’intérêt que présentent les outils numériques est de dépasser les freins classiques à la participation citoyenne. Des études récentes montrent par exemple que beaucoup d’abstentionnistes voteraient s’ils pouvaient le faire par internet (étude Hachette Interactive – Nouveaux Horizons de novembre 2015). Ce constat fait, plusieurs start-up françaises s’inspirent des exemples étrangers existants (USA, Estonie, Argentine, etc.) pour promouvoir le vote sur internet en France. Les technologies actuelles permettent de l’envisager, comme celle du blockchain par exemple, même si un certain nombre de contraintes restent à lever. Notamment sur la fiabilité et la sécurité afin de prévenir toutes tentatives de fraude.

Un autre frein courant à la participation est à trouver dans l‘accès à l’information. Ce à quoi répondent des initiatives comme Voxe.org, DemocracyOS France ou Laprimaire.org en proposant des plateformes en libre accès pour comparer les programmes politiques. En simplifiant l’accès aux informations, aux actualités et à la comparaison, ces nouveaux outils œuvrent pour plus de transparence et espèrent ainsi revivifier la mobilisation pour les différentes élections. La civic tech est d’ailleurs loin de se consacrer uniquement au vote : d’autres start-up, comme Fluicity par exemple, se penchent plutôt sur le dialogue entre habitants et élus au quotidien. Intéressant, surtout quand on sait que ces initiatives sont progressivement  acceptées par les institutions étatiques.

 

2016, l’année du 6ème concours Data Connexions (Crédits : Etalab)

Le concours Dataconnexions

C’est le concours Dataconnexions qui souligne le mieux cette nouvelle tendance. Organisés depuis 2012, ces concours confèrent reconnaissance et visibilité à de nombreuses initiatives citoyennes. Par exemple, les lauréats de la sixième édition du concours rassemblent des projets comme:

  • Juris’commenté (une plateforme collaborative de vulgarisation des textes législatifs);
  • BenevoleAtHome.org (une ONG pour mettre en relation bénévoles et personnes dans le besoin);
  • CityZenMap (une application gratuite pour que collectivités et citoyens puissent échanger autour des projets d’aménagement).

Cette liste est loin d’être exhaustive mais elle donne une idée claire des initiatives à encourager.  État et projets citoyens semblent ainsi s’accorder pour développer de nouvelles pistes et imaginer le « gouvernement ouvert » de demain. Utopique? Pas si le virage numérique de l’État s’appuie vraiment sur une french « civic tech » au potentiel immense, prête à relever tous les défis de la démocratie numérique.

 


 

 

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