Julien Phedyaeff, l’increvable pourfendeur de l’obsolescence programmée

increvable

Vous avez 5 secondes pour deviner ce qui est désigné par ces termes : « l’ensemble des techniques par lesquelles un metteur sur le marché vise, notamment par la conception du produit, à raccourcir délibérément la durée de vie ou d’utilisation potentielle de ce produit afin d’en augmenter le taux de remplacement. »

Si vous avez répondu « obsolescence programmée », bravo, votre matière grise n’est pas encore obsolète… Car c’est bien ainsi que le texte du projet de loi sur la transition énergétique, adopté par l’Assemblée nationale en octobre 2014, la définit et surtout la punit « comme une tromperie » d’une amende maximale de 300 000 euros et jusqu’à 2 ans de prison. Voilà donc l’industrie avertie.

Devenir acteur vis-à-vis des objets

Mais Julien Phedyaeff, jeune diplômé de l’ENSCI (École nationale supérieure de création industrielle), n’a pas attendu que le Corps législatif se penche sur la question pour lutter contre l’obsolescence programmée. « Je démonte des objets depuis tout petit, par curiosité, pour les comprendre mais aussi pour les réparer, voire les transformer, explique-t-il. Démonter est à mon sens le premier pas permettant d’être acteur vis-à-vis des objets. Or cette capacité à agir sur les objets entre en conflit avec les pratiques actuelles d’obsolescence programmée et de verrouillage systématique dont on est témoin tous les jours avec nos smartphones, voitures, lave-linge, etc. »

Indigné, il ajoute : « Le quotidien nous prouve qu’il est de plus en plus difficile de garder un objet à long terme. La durée de vie des objets industriels baisse. L’obsolescence programmée dicte notre consommation d’objets, elle permet d’entretenir une production mais aussi de faire croître à l’envi cette production et l’économie, souvent dans l’irrespect le plus total des ressources, des consommateurs et de la planète. »

Un lave-linge inusable et connecté

Pour son projet de fin d’études, qui lui a valu les félicitations du jury, il a donc conçu « L’Increvable », un lave-linge inusable ou presque, puisqu’il est prévu pour durer cinquante ans. Constatant que la plupart des objets sont « verrouillés, conçus pour être jetés », il imagine une machine dont tous les éléments sont aisément accessibles et vissés entre eux, au lieu d’être fixés par des clips indémontables, comme sur les modèles actuels. Son lave-linge est aussi livré en kit, ce qui réduit de 20 % le volume d’emballage (mais les non-bricoleurs peuvent la commander montée). Et n’allez pas croire que son engin est démodé : il est même connecté ! Son logiciel peut être mis à jour, par exemple pour tenir compte de nouvelles normes d’économies d’énergie, et des clips vidéo sur internet expliquent comment le réparer en cas de panne.

L’Increvable est encore au stade de prototype, mais Julien Phedyaeff s’active pour trouver des investisseurs – curieusement, les industriels lui tournent le dos ! – et lancer une campagne de crowdfunding.

« Aujourd’hui, on peut quasiment tout jeter, on se dit que tout peut se recycler, dit-il au journal 20 minutes. On nous vend ça comme un système vertueux, alors que le recyclage n’est pas infini pour beaucoup de matières. Un objet durable comme ma machine à laver vient perturber ce système, il demande aussi un changement de la part des consommateurs. »

Alors d’accord, mieux consommer demande un effort. Mais qui n’est pas prêt à en faire pour devenir plus smart ?

Pour en savoir plus : L’Increvable

Laissez votre commentaire

Partagez