Jean-Marc Borello, lanceur de SOS pour l’ESS

Carrure carrée de rugbyman, hauteur de plafond à plus de 1,90 mètre, Jean-Marc Borello est taillé pour le combat et sait transformer les essais.

« J’étais de toute façon chef de classe, forcément en première ligne des comités d’action lycéens et tout le temps en bagarre contre le modèle établi », écrit-il dans le livre-entretien SOS contre toute attente. Il se décrit lui-même comme « un menhir » – en plus bavard et avec l’accent chantant d’Aix-en-Provence, sa ville de naissance – et on est d’accord sur la métaphore : il est parvenu à faire passer l’économie sociale et solidaire (ESS) de l’âge de pierre au XXIe siècle.

Une succession de chocs salutaires

Jean-Marc Borello n’a pas d’enfant mais un bébé : le groupe SOS, qu’il fait grandir depuis plus de 30 ans et dont il devient président du directoire en 1997. Son côté fonceur aurait pu le mener tout droit à ce poste, il y est pourtant allé par quatre chemins. Peut-être à cause de son côté félin, qui lui a donné autant de vies qu’un chat. Il fut en effet d’abord éducateur spécialisé au centre d’accueil pour jeunes délinquants des Ulis, où il se fait remarquer par l’administration d’alors : il est nommé en 1982 à la Mission interministérielle de lutte contre la drogue et la toxicomanie. Il y rencontre la « Reine de la nuit » Régine et devient noctambule : elle lui confie la gestion du restaurant Ledoyen, près des Champs-Elysées, et de la boîte de nuit « Le Palace ». Suprême ironie, Borello écope en tant que gérant de six mois de prison avec sursis car des habitués du lieu y vendaient de l’ecstasy. Ce qui ne l’empêche pas, quelques années plus tard, de se voir remettre les insignes de Chevalier de la Légion d’honneur, l’homme n’étant pas à un paradoxe près ! Une succession de chocs qui lui fait dire que « les coups de pied au cul sont absolument salutaires pour avancer dans la vie, il n’y a rien de pire que de rester sur le même fauteuil pendant 40 ans »

Un inventaire à la Prévert

D’homme de la nuit, il est donc passé au grand jour : le groupe SOS qu’il dirige aujourd’hui compte 12 000 salariés et s’occupe de mineurs délinquants, de précarité, de développement durable, d’insertion, de logements pour personnes en difficulté… Il regroupe 350 établissements et 1 million de bénéficiaires dans les domaines de la santé, la dépendance, l’emploi, la jeunesse, la solidarité ou la restauration, et compte une dizaine d’entreprises privées comme Altermundi, enseigne de distribution de produits équitables, ou L’Usine, espace événementiel employant des personnes en réinsertion. Un véritable inventaire à la Prévert qui représente 650 millions d’euros de chiffre d’affaires, dont pas un seul ne finira dans la poche d’un actionnaire. Car Jean-Marc Borello, qui minimise le profit et maximise le service rendu, a une devise : « ni Dieu, ni maître, ni actionnaire ». Et un secret : il applique au secteur social les méthodes du privé.

Le Bernard Tapie du social

A ses détracteurs, qui le surnomment le « Bernard Tapie du social » et qui trouvent incompatible d’être à la tête d’un si grand groupe et de se présenter comme un emblème de l’ESS, il répond, lors d’un entretien sur France-Inter, que « le groupe SOS a un écart maximal des salaires qui va de 1 à 10, il gère des hôpitaux, des maisons de retraite, des crèches et des entreprises d’insertion avec l’ambition d’être un laboratoire d’une économie plus vertueuse. […] L’absence de recherche de profit n’est pas une fin en soi, ce qui l’est c’est la création de richesses et le partage équitable de ces richesses, l’important c’est l’impact sur la société. »

Pour en savoir plus : Groupe SOS

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