Guillaume Bapst, solidaire pour en finir avec l’assistanat

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Guillaume Bapst est loin d’être un novice de l’ESS* (économie sociale et solidaire). Il en est l’un des précurseurs. Aujourd’hui, cela fait près de vingt ans qu’il se bat quotidiennement pour que ses idées prennent vie. Son combat : lutter pour que tout le monde ait une nutrition décente. Le moyen d’y parvenir : les épiceries solidaires. Avec pas moins de 280 épiceries partout en France, le réseau s’est montré en mesure d’aider plus d’un million de personnes l’an passé. Pas de quoi satisfaire le directeur d’ A.N.D.E.S. (l’Association Nationale pour le Développement Épiceries Solidaires) pour qui chaque victoire n’est que l’annonce de la suivante. Portrait d’un bienfaiteur du bien manger.

Une épicerie solidaire à Poitiers (Crédits : A.N.D.E.S)
Une épicerie solidaire à Poitiers (Crédits : A.N.D.E.S)

Une véritable révolution de l’aide alimentaire

En 1996, alors qu’il est directeur adjoint de l’office départemental des HLM de la Nièvre, il est confronté à une vision de la pauvreté qui le bouleverse : des populations asphyxiées financièrement, marginalisées par le système d’aide sociale. Il cherche alors une solution pour leur redonner du pouvoir d’achat de manière positive. Une idée est née : l’épicerie solidaire. Une épicerie tout ce qu’il y a de plus normale. Sauf que les produits y sont vendus à un prix compris entre 10 et 30% de leur valeur réelle. La première ouvre ses portes à Nevers en 1997. On en compte plus de 280 aujourd’hui.

Pour y accéder, les personnes doivent réunir trois critères :

  • avoir moins de cinq euros par jour pour manger ;
  • être suivies et orientées par un travailleur social ;
  • être inscrites pour une durée limitée définie et avoir un micro-projet (un objectif d’achat, de remboursement à remplir sur la durée d’accession à l’épicerie).

Comme le décrit Guillaume Bapst : « en économisant sur son budget alimentation, le bénéficiaire va pouvoir financer le remplacement d’un appareil électroménager indispensable, éponger une dette. Il est acteur de son budget et c’est valorisant. » (interview pour le courrier des maires, septembre 2013) Une solution terre-à-terre pour en finir avec l’image négative de l’assistanat.

(c) Aymeric WARME-JANVILLE 2010
(Crédits : Aymeric WARME-JANVILLE)

Nourrir les plus pauvres et favoriser leur réinsertion

Guillaume Bapst insiste sur le besoin de changer de regard sur l’aide alimentaire et la pauvreté. Plus que de donner accès seulement à des produits alimentaires de qualité à moindre coût, il voit dans les épiceries solidaires un moyen effectif de réinsertion. Guillaume Bapst parle d’« aller encore plus loin quand l’épicerie sociale ou solidaire a mis en place un chantier d’insertion qui emploie des bénéficiaires en leur confiant des taches de tri, de conditionnement ou de distribution. » (interview dans le courrier des maires, septembre 2013). En effet, ces chantiers servent à assurer l’approvisionnement des épiceries directement en traitant les produits rejetés par les plus grands marchés de frais de France (Rungis, Lille, Marseille, Perpignan).

Les personnes qui y travaillent n’ont pas eu d’emploi dans les deux années précédant leur embauche. En 2013 lors d’une conférence TEDxParis, il expliquait que les personnes qui passaient par ces chantiers retrouvaient ensuite un emploi au bout de neuf mois en moyenne. Un ratio optimiste qui a de quoi impressionner. Guillaume Bapst rappelle ainsi qu’il faut en finir avec la vision souvent dévalorisée de l’économie sociale et solidaire. Comme il aime à le rappeler : « l’économie sociale et solidaire, c’est de l’économie » (TEDxParis, 2013) de même que « l’insertion sert l’économie et l’économie sert l’insertion. » (Le Parisien, janvier 2015).

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L’épicerie solidaire de Bry-sur-Marne (Crédits : A.N.D.E.S.)

Plus qu’un simple réseau : une vraie dynamique sociétale

L’histoire de Guillaume Bapst avec A.N.D.E.S. est celle d’une belle avancée. Alors qu’il était primé en 2006 par Ashoka, le premier réseau des entrepreneurs sociaux, l’association A.N.D.E.S. gagnait quant à elle en reconnaissance : nommée membre du Conseil National pour l’Alimentation en 2010, elle a ensuite été habilitée comme association nationale d’aide alimentaire par l’État en 2013. La preuve que la recette marche.

L’association dispose à présent de plusieurs chantiers d’insertion partout en France, d’une exploitation maraichère en Normandie ainsi que d’une usine de transformation. Les soupes produites dans cette dernière sont d’ailleurs vendues dans de grandes enseignes, comme Monoprix par exemple. De quoi conférer de nouveaux revenus à cette association dont le fonctionnement repose principalement sur les  subventions. Sur leur lancée, les épiceries solidaires amènent toujours plus de monde dans leur sillage et montrent surtout une chose : qu’un autre regard sur la solidarité et l’économie est possible.

 

Pour en savoir plus : A.N.D.E.S.

 

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