Vélos incivils ou inadaptés?

La nouvelle a surpris tout le monde. A peine quelques semaines après leurs lancements, Gobee annonçait le retrait de ses vélos dans plusieurs grandes villes européennes. Invoquant l’incivilité des usagers, la marque semble vouloir masquer les lacunes de son service de free-floating, assez nouveau dans les capitales occidentales. L’occasion de se pencher une fois de plus sur les questions que soulèvent les vélos en libre-service.

Futuriste de trop ou trop futuriste

Tout le monde était plein d’attentes. Les annonces s’étaient bien enchaînées et le vélo en free-floating semblait venir révolutionner les mobilités douces des grands centre-villes d’Europe. Le rêve aura été de courte durée.

Lancé fin 2017, le Gobee Bike, joli vélo vert que l’on pouvait croiser  croiser au coin d’une rue de Paris ou de Bruxelles, n’est déjà plus qu’un souvenir. La marque a décidé de retirer précipitamment tous ses vélos, ne pouvant pas faire face financièrement à la cascade de dégradations qu’a connue sa flotte.

Le free-floating n’aura fait qu’un passage éclair à Paris (Crédits : Gobee Bike)

La raison invoquée par Gobee Bike? Le manque de civisme dans nos contrées. Des usagers sans le moindre respect pour le matériel, un je m’en foutisme répandu quant à l’endroit où laisser les vélos, des vols à répétition. Enfin bref, l’incompréhension. Ce revers sonne comme une véritable alarme pour les opérateurs OFO et Obike qui se sont lancés dans les mêmes villes au même moment. Le chemin de la modernité semble bien parsemé d’embûches.

Free-floating, un temps d’avance

Malgré les lacunes évidentes du service Gobee (des vélos peu solides, difficiles à déverrouiller, inadaptés aux villes avec un peu de relief), il faut néanmoins nuancer en rappelant le pari osé qu’avait relevé l’opérateur avec ses vélos d’un nouveau genre.

Gobee.bike, un système un peu trop en avance sur son temps (Crédits : Gobee)

Le Gobee Bike, malheureux en Europe, a connu un grand succès ailleurs et cela s’entend. La géolocalisation, l’application intuitive et facile à utiliser, le nombre de vélos disponibles, l’esprit sans contrainte… autant d’atouts indéniables qui tiennent promesse et montrent que les premiers échecs d’Europe occidentale n’enterrent pas pour autant le projet.

Si son arrivée avait été un peu mieux préparée, le vélo vert aurait bien pu prendre place dans nos mobilités quotidiennes. Il demande simplement de réinterroger notre rapport à l’espace public, et plus particulièrement à l’espace urbain.

Le vélo en free-floating, un bien à porter en commun

Le free-floating amène à repenser la propriété en entier. Slate l’a très bien montré dans un de ses articles : l’échec des vélos en free-floating montre la difficulté à mettre en place de biens pouvant être utilisés par tous, des biens communs.

OFO, l’opérateur chinois de vélos en free-floating, pourrait bien connaître les mêmes revers que Gobee dans un futur (très) proche (Crédits : OFO)

Les vélos en free-floating sont des équipements privés mais ouverts à tous. Il s’agit d’une ressource exploitable facilement grâce à une application et un système de paiement auquel nous sommes tous habitués. Pourtant, le fait de faire tomber toutes les contraintes quant à leur utilisation (déposer le vélo à une borne, prendre un ticket, etc.) pousse les utilisateurs à être moins regardants et moins consciencieux vis-à-vis de ces ressources censées être communes. La responsabilité collective est bien plus vite engagée et pousse les utilisateurs à une conduite de passager clandestin au niveau individuel. Pourquoi? Parce que personne n’a l’impression d’être visé dans son utilisation de l’équipement et dans son comportement. Combiner ces aspects avec des vélos facilement dégradables, on se retrouve fatalement devant l’échec de Gobee ces dernières semaines.

Les vélos en free-floating pourraient peut-être fonctionner avec une meilleure préparation des usagers, en amont. Cette dynamique doit se fonder sur la volonté de porter en commun de nouvelle structures, de nouveaux équipements, en liant responsabilité individuelle et collective. Un véritable projet de société qui ne relève pas de l’utopie mais d’un changement profond des mentalités. A l’heure où les questions des mobilités durables n’ont jamais été aussi prégnantes, les vélos en free-floating donne un aperçu de ce vers quoi doivent tendre nos sociétés en matière de transports.

 

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