Le « péage positif » : payer les automobilistes pour réduire les embouteillages

(Crédits : Transport for London)

Lauréate du prix « Smart Mobilité » décerné par le journal Le Monde fin mai, lauréat d’un appel à projets organisé par le Grand Paris, la société Egis va bientôt implanter en France un système de lissage des pics d’affluence en heure de pointe, aussi appelé « péage positif ». Importé des Pays-Bas, ce principe de gamification est expérimenté à Rotterdam permet de modifier les comportements des automobilistes pour réduire la congestion, sans toucher aux infrastructures. Un jeu tout ce qu’il y a de plus sérieux.

Optimiser les infrastructures en changeant les comportements

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Comment optimiser les infrastructures routières en heures de pointe? (Crédits : BNV Mobility)

Constatant que les accès à une ville sont sur-empruntés en heures de pointe, une première réponse serait de multiplier les infrastructures (rajouter des voies, des itinéraires bis, etc.). De quoi satisfaire la demande en heure de pointe mais avec le risque que ces nouveaux axes restent sous-utilisés le reste du temps.

Une seconde solution, expérimentée à Londres par exemple, serait la mise en place d’un péage urbain. Avec un tarif plus élevé pendant les heures de pointe, cela aurait pour effet d’encourager une partie des automobilistes à se déplacer à un autre moment. Néanmoins, l’expérience montre que le péage a peu de conséquences sur l’état du trafic. Au contraire,  il conduit à sanctionner d’autant plus durement les automobilistes  les plus défavorisés, contraints d’utiliser leur véhicule. Dans les deux cas, le coût collectif est très élevé et impose d’imaginer des solutions plus viables.

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Le système de péage urbain de la ville de Singapour (Crédits : Wikipédia – Congestion Pricing)

Une réponse à moindre coût serait de réussir à influer sur le comportement des automobilistes,  en incitant une partie d’entre eux à ne pas utiliser leur véhicule pendant les heures de pointe. Via un boitier, une application ou des caméras spéciales, il s’agit tout d’abord de contrôler l’heure de passage des automobilistes. Ensuite, on propose à ceux qui acceptent d’utiliser leur véhicule en dehors des heures de pointe de se voir gratifiés d’une récompense, en argent ou en nature (places de stationnement garanties, etc.). Cette méthode permet d’inciter une partie des automobilistes à privilégier les heures creuses pour se déplacer, désencombrant les principaux axes de circulation pendant les heures pleines. Ce qu’on appelle le lissage des pics d’affluence, ou le « péage positif » (il s’agit de payer les automobilistes pour leur « non-usage » d’une infrastructure à un moment donné). Et cette solution semble insuffler un changement durable des comportements.

Le péage positif de Rotterdam : une expérience prometteuse

Rotterdam est l’une des pionnières dans la mise en place de systèmes de péages positifs. En partenariat avec l’entreprise spécialisée BNV Mobility, la municipalité a déjà lancé plusieurs programmes qui ont comptabilisés plus de 20000 participants à ce jour. Le dernier, le « Wild Van de Spits« , est actuellement en cours et permettrait déjà d’enlever près de 5000 voitures de la circulation pendant les heures de pointe. Un succès dont se félicite la municipalité.

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La caméra identifie la voiture qui passe. Bien entendu, les données sont ensuite anonymisées… (Crédits : Axis)

Le principe expérimenté à Rotterdam est des plus simples. Les automobilistes doivent tout d’abord se porter volontaire pour l’expérimentation. Ensuite grâce à un système de caméra spéciales, BNV Mobility peut voir si les participants utilisent leur voiture en dehors des heures de pointe. Si c’est le cas, ces derniers reçoivent une récompense qui va de 3 à 3 euros 50 par trajet (la somme est un peu plus élevée si le participant souhaite utiliser cette somme pour créditer sa carte de transports en commun). Sur les 10000 participants au programme, près de 5000 évitent chaque jour les heures de pointe ce qui conduit à une réduction du trafic de près de 10%. Une réduction plus que suffisante pour limiter la congestion. A moindre coût, puisque qu’en récompensant les automobilistes, la ville n’a plus besoin de construire de nouvelles infrastructures.

Une solution pour les villes françaises avec des problèmes de congestion

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Pourquoi ne pas lisser les pics d’affluence en Ile-de-France? (Crédits : JB Quentin – Le Parisien)

Le principe du lissage de pics ou du péage positif reprend l’idée développée par le chercheur indien Prabakhar : introduire du jeu dans les transports permet de modifier durablement les comportements de mobilité. Et la société Egis qui souhaite développer ce principe partout en Europe et dans le monde ne s’y est pas trompée.

Egis espère que la solution pourra s’implanter en France par exemple, et en Ile-de-France plus particulièrement. Ses conclusions sont finalement sans appel : 80% des programmes qui ont été entrepris ont conduit à une métamorphose durable des comportements de mobilité automobile. A mieux utiliser les infrastructures existantes. Et à réduire les coûts de congestion.  A moindre frais. En bref, une smart utilisation du jeu pour définir les mobilités de demain.

 

1 Commentaire

  1. Car ce systeme, qui presente des avantages economiques et environnementaux, a aussi un cout, entre 3 et 5 millions d’euros pour l’exploitant du service, et 2 millions d’euros pour les recompenses financieres.

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