L’aide aux transports dans les Hauts-de-France : une initiative à contre-courant

Dans la nouvelle région des Hauts-de-France, née de la fusion du Nord-Pas-de-Calais et de la Picardie, le Conseil régional fraîchement élu a déjà entamé son programme pour les mobilités. L’une des premières décisions : une aide de 20 euros par mois pour toutes les personnes  contraintes de prendre leur voiture pour aller travailler.

Cette mesure est pour le moins surprenante, surtout quand on connaît l’esprit « anti-voiture » qui caractérise la plupart des politiques de transports depuis des années. En reconnaissant que la voiture reste indispensable dans de nombreux cas, la région démontre qu’elle a conscience des réalités auxquelles ses habitants font face.

Pourtant, l’aide aux transports ne peut être qu’une solution à court terme : un bon début qui pourrait être l’occasion de lancer un chantier plus ambitieux de refonte des mobilités. En incitant au partage des trajets par exemple.

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Une session au Conseil régional des Hauts-de-France (Crédits : Conseil Régional des Hauts-de-France)

Un constat : la voiture reste indispensable

Cette nouvelle aide du Conseil Régional des Hauts-de-France suit le constat que de nombreuses personnes ne peuvent pas bénéficier des réseaux de transports en commun existants. A cause d’horaires décalés, de zones peu ou mal desservies, de nombreux salariés se voient ainsi contraints de recourir à leur véhicule individuel.

Le Conseil régional a donc décidé de leur allouer une aide mensuelle de 20 euros. Accessible aux habitants de la grande région depuis le 1er mars 2016, cette aide est virée directement sur leur compte chaque mois. Pour mettre en œuvre cette mesure, le Conseil a débloqué une enveloppe de 2,5 millions d’euros. Une somme conséquente, qui souligne au passage que la région est lucide quant à la situation des transports sur son territoire.

Près de 150 000 personnes concernées dans la région

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L’aide aux transports doit bénéficier à un maximum de salariés. (Crédits : Conseil Régional des Hauts de France)

L’accès à cette aide se fait par un simple formulaire à remplir en ligne. Les conditions pour l’obtenir, justificatifs à l’appui, cherchent à inclure le plus grand nombre :

  • Devoir faire plus de 30 kilomètres par jour pour son trajet domicile/travail ;
  • Avoir un revenu inférieur à deux fois le SMIC ;
  • Pour ceux qui résident dans des zones considérées comme suffisamment desservies, justifier d’horaires décalés qui empêchent l’utilisation des transports publics.

D’après Gérard Darmanin, vice-président en charge des transports, près de 150 000 personnes pourraient être concernées par cette aide. Le Conseil espère ainsi donner un coup de pouce aux automobilistes qui n’ont d’autre choix que de consacrer une grande partie de leur budget mensuel à leur consommation de carburant.  Une solution qui semble satisfaisante à court terme mais qui interroge tout de même le rôle des pouvoirs publics et leur leadership au moment où il devient impératif de trouver des solutions de mobilité durables.

Prochaine étape :  encourager le partage des trajets ?

©PHOTOPQR/NICE MATIN/Philippe ARNASSAN - illustration sur le projet de covoiturage mis en place par la ville de st raphael (MaxPPP TagID: maxstockworld139507.jpg) [Photo via MaxPPP]
(Crédits : PHOTOPQR/NICE MATIN/Philippe ARNASSAN)

En effet, pourquoi ne pas profiter de cette aide aux transport pour encourager le covoiturage ?

Dresser le bilan des lacunes du réseau de transports en commun est l’occasion d’encourager et de promouvoir d’autres solutions, alternatives et durables. L’aide à la mobilité fait sens car elle reconnaît que de nombreuses personnes sont dépendantes de leur véhicule, faute d’alternatives, et qu’il est légitime de les soutenir financièrement.

Le véhicule individuel, le transport en commun de demain ?

Si le recours à la voiture individuelle est une obligation pour beaucoup de Français, il n’en reste pas moins qu’elle peut être partagée. C’est l’ambition des services de covoiturage courte distance :  optimiser le trafic existant et le transformer en un véritable réseau de transport. L’auto-stop connecté par exemple est une illustration innovante pour s’affranchir des contraintes classiques du covoiturage sur les trajets pendulaires. Complémentaires à l’offre publique, ces services concilient les obligations des salariés avec un regard renouvelé sur la voiture individuelle, favorisant entraide et solidarité. Et ce, sans faire reposer le poids financier sur la seule collectivité.

Des incitations simples à mettre en œuvre et à moindre coût

Une approche plus large pourrait être d’inciter le partage des trajets en voiture. Par exemple, pourquoi ne pas doubler la prime des automobilistes qui covoiturent ? Ou encore faire la promotion de services de covoiturage comme OuiHop’ sur le formulaire d’accès à l’aide ? Les possibilités sont nombreuses.

Avec l’aide aux transports, le Conseil Régional des Hauts-de-France a bien montré sa prise en compte des challenges de la mobilité d’aujourd’hui. Il peut désormais être l’initiateur de son changement en encourageant les initiatives qui veulent repenser la fonction d’une voiture qui reste omniprésente.

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