La Paillasse, laboratoire de l’open-science

La Paillasse est un laboratoire « pas comme les autres » : il constitue une offre alternative ouverte et transdisciplinaire voulant bousculer le monde de la recherche scientifique conventionnelle.

Le petit hangar de Vitry-Sur-Seine où est né le labo est bien loin. La Paillasse aujourd’hui, c’est 800 m2 au cœur de Paris avec une ambition : mettre à disposition des citoyens-chercheurs un laboratoire en biotechnologie pour que ceux-ci puissent s’emparer d’outils pour inventer ou faire de la recherche autrement.

Il agglomère une communauté de biohackers, bidouilleurs ayant l’habitude de développer des projets avec du matériel de récupération, thésards, scientifiques travaillant dans des programmes de recherche, ou citoyens passionnés de sciences ou des méthodologies open source. Tous ont en commun le goût pour la découverte scientifique et partent du postulat que chacun peut apporter sa pierre à l’édifice en matière de sciences et d’innovation.

 

Un modèle participatif et interdisciplinaire

Via son labo, il offre à cette communauté des moyens matériels souvent récupérés, mais au final conséquents, pour explorer plusieurs domaines dans les différents espaces du lieu : les biotechnologies d’abord, mais également la robotique et la fabrication de drones, le textile, l’électronique, ou bien encore la méditation ou l’expression artistique. Au-delà de ces spécialisations, ce qui est recherché, c’est justement la possibilité de créer des interfaces entre ces différents domaines. Et pas simplement avec une visée éducative ou de sensibilisation : le labo entend bien donner vie à de véritables projets originaux : de l’encre biologique fabriquée à partir de bactéries, des robots aux fonctions multiples, l’expérimentation de processus de recherche ou de business modèles participatifs…

 

 

Le labo propose également un accès à ses ressources sous forme de résidences sélectives ou ouvertes, payantes ou gratuites pour scientifiques, makers, codeurs, designers, entrepreneurs, artistes, ainsi qu’une offre de coworking spécialisée s’articulant autour de centaines d’événements dont le laboratoire est partenaire tous les ans. Il est néanmoins ouvert à tout type de projets proposés.

Autour du labo, des communautés sont organisées sur des programmes communs. Ainsi, récemment, en partenariat avec l’entreprise suisse Roche, leader mondial de la recherche sur le cancer, Epidemium est un programme de recherche participatif qui vise à mieux comprendre le cancer grâce au big-data en faisant travailler de manière bénévole des collectifs de chercheurs dont les données de base et les résultats restent ouverts à tous. Ce projet participatif se fait donc en partenariat avec des entreprises privées et s’attache à un niveau d’exigences technique et scientifique via le travail de comités scientifiques ou éthiques dont les membres sont des pairs scientifiques reconnus tels que Cedric Villani, médaille Fields de mathématiques et membre du jury d’Epidemium.

La Paillasse souhaite également « réinitialiser le campus » comme le dit son nouveau président Hacen Lahreche après le départ de l’emblématique cofondateur et ex-président Thomas Landrain tout récemment. En octobre 2017, cinq établissements d’enseignement supérieur franciliens s’associent en effet avec des lieux innovants pour soutenir des projets portés par des étudiants avec une visée entrepreneuriale sur les sciences et technologies open source.

 

Faire bouger les lignes

« Ce n’est plus possible aujourd’hui de laisser aux dix millions de chercheurs dans le monde la totale responsabilité de faire avancer la science, il s’agit de créer une nation de chercheurs à différents niveaux pour faire avancer le schmilblick. », Thomas Landrain, cofondateur et ex-président de la Paillasse

Au travers de ses programmes, la Paillasse veut montrer qu’un autre modèle de recherche est possible. Par son modèle de financement, le labo essaye de toujours privilégier la matière grise ou la créativité plutôt que des modèles permettant un financement, tels que la location d’espace ou la subvention, mais n’assurant pas l’émulation créative et scientifique qui font l’identité du lieu.

A chaque fois, un objectif commun transparaît : refuser une recherche cloisonnée à l’abri des murs des grands laboratoires publics ou privés, faire tomber les barrières entre ceux qui font aujourd’hui légitimement la science et les citoyens ou les entreprises, et démontrer au contraire que l’interdisciplinarité, l’ouverture de l’intelligence à des collectifs variés, peut permettre plus d’intelligence et d’efficacité que la recherche institutionnelle.

Le labo fait tache d’huile. Il se dédouble dans la région lyonnaise avec La Paillasse Saône ainsi qu’en Suisse avec Hackuarium laboratoire partageant la même vision. Il se spécialise avec un projet à venir à Saint-Brieuc sur l’utilisation des ressources marines.

Le changement de présidence marquera certainement un tournant dans la vie du laboratoire et sa volonté à expérimenter de nouvelles idées et s’ouvrir davantage. L’approche et les projets que le laboratoire a portés jusqu’ici sont d’ores et déjà un modèle d’inspiration pour de nombreux laboratoires à travers le monde.

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